Espérance de vie, souvenirs de mort, elle oscille entre deux mondes, portant en elle la clef qui mène à chacun d’eux et saura peut-être un jour les réunir. Oscillation subtile, fragile, qui met son corps en tension. Elle semble ainsi vibrer en permanence, et cette vibration se transmet à son environnement. Autour d’elle le vert des feuilles est plus éclatant, les ombres plus profondes, les rochers semblent animés d’un feu intérieur, ce feu qui est le sien.
À force de se tenir au seuil des mondes, elle semble par moment ne plus appartenir au nôtre, et nous frôle tel un fantôme, surpassant les meilleurs éclaireurs. Équilibriste virtuose, elle jongle avec les mystères de la vie et de la nature, qui pour elle sont des évidences, tant ces univers sont devenus partie intégrante de son être.
Elle est pour sa tribu un trésor précieux, à protéger des atteintes de ce monde. Car l’harmonie délicate qu’elle tisse chaque jour pour ses pairs est régulièrement menacée par les affrontements politiques. Elle n’est pas du monde de la guerre, ses compétences sont ailleurs, et alors la protection des guerriers lui est acquise, tout comme d’ailleurs les ressources des faiseurs et éleveurs, car son corps ne saurait se satisfaire uniquement de l’impalpable qui est la matière de son quotidien. Elle n’a pas non plus la pratique des guérisseurs, mais ses inspirations leur permettent parfois de perfectionner leurs remèdes ou d’ajouter un nouvel usage à certaines plantes ou mélanges. Elle est à part, apportant à chacun des indications pour insuffler dans leur vie, dans leur art, la lumière subtile qu’elle reçoit d’ailleurs. Elle est un canal entre les mondes, une passeuse d’énergie.
Le seul art qui lui soit propre, et qui renforce encore l’amour de ses proches, est le chant. Elle chante pour déchirer les voiles invisibles des passages, mais aussi pour la beauté pure des mélodies. Alors, elle n’est plus qu’une jeune fille qui se dévoile avec pudeur. Seuls quelques privilégiés ont pu être témoins de ce chant de son âme, qui lui permet de se recentrer, de trouver en elle-même le lieu secret où s’ancrer dans ses errances. Cette vibration unique qui est elle, qui garde intacte son identité quand tant d’énergies venues d’ailleurs viennent l’habiter pour venir s’inscrire à travers elle dans le champ de notre réalité. Ainsi le chant lui donne la force chaque jour de ne pas se dissoudre dans le merveilleux et l’obscur qu’elle côtoie avec tant de facilité, trop peut-être. Il maintient la cohésion de son être et sa beauté pourrait ravir les âmes simples, à tel point qu’elle déploie un luxe de précautions avant de le laisser s’exprimer.
Les anciens ont su dès sa naissance qu’elle était à part, hors normes, et il a fallu du temps pour laisser fleurir ce qu’ils sentaient d’exceptionnel en elle. Mais aujourd’hui, elle a trouvé sa place, son équilibre. Elle n’est ni leader, ni sage, ni dépositaire d’un savoir secret, juste une lumière qui vient embellir la vie de la tribu, la relier à l’univers dans sa beauté complexe, et apporte parfois des solutions originales, un autre regard, une impulsion nouvelle, auxquels d’autres apporteront vie et corps dans leurs domaines respectifs.
Pour un peu, et certains ne se cachent pas de le penser, on pourrait croire qu’elle est l’incarnation de l’âme de la tribu.
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…. ce post m’a toujours intriguée…. Est-ce une "insulte" que de demander de quoi il s’agit exactement ?
Ce n’est pas une insulte, juste de la saine curiosité !
La passeuse est un personnage issu après bien des péripéties de mes interrogations d’adolescente. Aujourd’hui, elle me permet d’écrire sous mon format de prédilection, le texte très court, tout en gardant un fil directeur, à savoir elle. L’univers qui l’entoure est semi-imaginaire, nourri de "celtitude", et mouvant. Mais sa position de passeuse entre les mondes demeure le repère fixe de l’ensemble…
J’aime beaucoup ta façon d’écrire, et tes textes sont très beaux. Comptes-tu en faire une histoire (un roman ?) un jour, ou préfères-tu laisser ce format de "pensées", texte après texte ?
Longue vie à ta Passeuse !
J’aimerais bien un jour voir publier La Passeuse, mais je pense qu’il faudra encore beaucoup de matière et de maturation pour qu’un tel projet voit le jour !
Merci de tes encouragements…
Je te le souhaite également, car j’aime beaucoup l’idée et ce qui se dégage de ces textes.
Je te découvre via Claire des Bruyères (tu y avais laissé un commentaire, ton nom m’a intrigué) et "La passeuse" me parle, énormément.
Je suis sur le chemin du druide, je suis entre les mondes, et je suis heureuse de découvrir ton blog!
<3
Merci Marie, je te souhaite une bonne lecture. La Passeuse est en sommeil depuis un moment, mais il est tout à fait possible qu’elle revienne prochainement…