Assise sur la large pierre plate, près du ruisseau, elle savoure la douceur du printemps nouveau. La nature en éveil, une brise légère, le parfum subtil de fleurs nouvellement écloses, quelques corolles blanches descendant le courant… La simplicité de ce tableau, de ces sensations, emplit son esprit de calme et de sérénité. Hypnotisée par les reflets lumineux sur l’onde, elle se recharge, se retrouve.
Après la frénésie de ces derniers jours, où les visions et les intuitions se bousculaient presque pour l’habiter et l’aider à mener la tribu vers la résolution de ce conflit autant territorial que religieux, la solitude et le silence lui était autant précieux, sinon plus, que la nourriture et le sommeil. Non pas qu’elle soit vraiment seule, ou que la forêt soit silencieuse, bien au contraire, mais l’isolement de ses semblables lui permet de retrouver une paix et une stabilité que seule la nature peut offrir.
Le froissement léger des feuilles tendres dans le vent, le glouglou de l’eau entre deux rochers, l’appel d’un oiseau bercent son âme, loin des parlementations, des cris, du bruit. La musique même n’a pas cet impact, elle emporte plus qu’elle n’apaise.
Elle s’étend sur la pierre avec un sourire et s’abreuve du lent balancement des branches au-dessus d’elle, de la lumière mouchetée, des multiples frémissements de l’air. Elle goûte de tout son être cet instant privilégié après la tourmente, et dans un soupir s’endort, apaisée, veillée discrètement par une présence bienveillante, divine, qui saura maintenir les intrus à l’écart le temps nécessaire au repos de sa fille d’âme.

