Au terme de cette première approche des récits et croyances faisant intervenir l’Ankou, on voit se dégager une puissance de mort multiforme et regroupant différentes fonctions sous un même nom.
Cependant, cette pluralité des aspects et des rôles de l’Ankou s’explique sans doute par la pluralité des héritages et des symboles qui se sont regroupés pour former cette figure originale et ne font qu’illustrer sa complexité et sa richesse.
D’autre part, les différents visages que présente l’Ankou semblent refléter une même conception fondamentale, celle d’un mort faisant partie de la société des Anaon et élevé pour un temps à la « mission », à la fonction de passeur entre cette société et celle des vivants et de gardien protecteur du cimetière, espace de repos des morts, et de la nuit, temps de leurs activités, Il est ainsi chargé de veiller au respect de l’équilibre entre les deux aspects de la société bretonne : le monde des vivants et l’au-delà, domaine des Anaon.
Le clergé catholique, qui n’a pas pu supprimer dans l’esprit des Bretons une figure au rôle si crucial, a cherché à l’utiliser dans son entreprise de conversion de la population, mais si la notion de péché a effectivement été intégrée à la mentalité bretonne, il semble que l’Église a échoué à transformer profondément la conception de l’Ankou, qui reste dans les légendes bretonnes une figure fondamentalement étrangère au christianisme.
Cette figure, emblématique de la conception bretonne de la mort, se perpétue dans l’esprit breton grâce à l’action conjuguée et complémentaire d’un paysage et d’un environnement propice à la suggestion de visions fantastiques, et des conteurs qui, lors des veillées, entretiennent le fond des croyances.
Néanmoins, le travail proposé ici n’a certainement pu que soulever certains des problèmes que pose cette figure complexe et les réponses qu’il y apporte sont restreintes par le cadre, le temps et les moyens limités dans et avec lesquels il a été réalisé. Une étude plus approfondie, cherchant notamment à augmenter le nombre et la variété des sources et à découvrir l’origine ou les origines, car elles sont certainement multiples, de l’Ankou, permettrait sans doute de confirmer ou de préciser les hypothèses avancées ici.

