Tout d’abord, pour répondre aux réflexions qui ne manqueront pas : je sais bien aujourd’hui que ma remarque concernant la culture celtique « importée » en Bretagne armoricaine par les immigrants de l’île de Bretagne n’a pas de sens, puisque l’Armorique était celtique tout autant que la Bretagne, la seule différence résidant dans les tribus celtiques, différentes de part et d’autre de la Manche, mais mes connaissances de la civilisation étaient à l’époque balbutiantes… Ceci dit, cela n’a pas de conséquence sur la réflexion menée par la suite dans ce point.
Ensuite, concernant le symbolisme de la faux et de la moisson, il est intéressant de noter que dans la version du Tarot de Marseille revisitée par Camoin et Jodorowsky, la colonne vertébrale du squelette de la lame treize ressemble énormément à un épi de blé…
D’autre part, le terme Ankou ne peut-il pas aussi se rapprocher de l’Ankh ? Je n’avais pas fait le rapprochement à l’époque, mais aujourd’hui cela m’est tout de suite venu à l’esprit. Bien sûr, le hiéroglyphe Ankh, qui signifie vie, n’a rien à voir avec une racine indo-européenne (que je sache, du moins, au niveau de l’histoire linguistique, mais peut-être quelqu’un me détrompera-t-il ?). Et pourtant, je ne peux m’empêcher de constater que là aussi, la « courbure » se présente. À défaut de réelle filiation linguistique, il y aurait donc, peut-être, une analogie symbolique.

Et le symbolisme de l’Ankh est vraiment intéressant à explorer. Les égyptologues ont pensé qu’il pourrait représenter un utérus stylisé, une courroie de sandale ou la vertèbre d’un bœuf… L’Ankh apparaît fréquemment dans l’art égyptien, en particulier dans les peintures des tombes ; il est représenté souvent au bout des doigts d’une divinité, dans des images montrant les divinités de l’au-delà faisant le don de vie à la momie de la personne défunte. La croix ansée est aussi portée par les rayons solaires (terminés par des mains), symbolique du soleil dispensant la vie sur Terre. Ce symbole était souvent porté comme amulette par les Égyptiens, soit seul, soit en association avec deux autres hiéroglyphes signifiant « force » et « santé ». Les miroirs étaient souvent faits en forme d’ankh.
Et dans le domaine indo-européen cette fois, un symbole similaire était utilisée pour représenter la déesse romaine Vénus.

Connu sous le nom de miroir de Vénus, il est le plus souvent associé à l’utérus. Aujourd’hui, en astrologie, il représente la planète Vénus, en alchimie l’élément cuivre, en biologie, il identifie le sexe féminin.
On voit donc que ce symbole Ankh peut être associé non seulement au féminin et à la vie, mais aussi à la naissance, la mort, l’au-delà et la renaissance, donc aux passages entre la vie et la mort. De la faux à la croix ansée, de l’Ankou à l’Ankh, une même symbolique du passage d’un état à un autre, pour une évolution permanente de l’être ? Et j’ajouterai : dans un mouvement en spirale (tiens, encore une « courbure »… celle-là me vient à l’esprit à l’instant, il va falloir que je creuse…).
Et le fait que la courbure soit associée au féminin paraît somme toute assez logique. Les courbes, c’est féminin, les angles c’est masculin. C’est visuel, tout le monde en conviendra. Donc, on trouve le chemin analogique Ankh / miroir de Vénus / féminin / courbe / racine indo-européenne ank- / Ankou.
De plus, l’ankh est appelée la « croix de vie », mais aussi parfois la « clef de vie ». Et qui dit clef, dit porte, non ? Et comme symbole de passage, on peut difficilement faire mieux.
Le miroir de Vénus aussi me parle, puisque pour moi le miroir est un autre symbole de passage, un autre passeur vers le monde intérieur (voyez Alice, mais aussi tout simplement, regardez un miroir, et voyez qu’il vous emmène de l’autre côté de vous-même…). Tout comme toutes les surfaces réfléchissantes, notamment circulaires, comme par exemple les lacs ou les étangs (en plus, ceux-ci reflètent le ciel, où les chinois pensaient que l’on pouvait lire le destin des hommes…).
Je vois donc s’ouvrir plein de portes sur plein de chemins, que je vais bien sûr arpenter avec la curiosité qui me caractérise, et je viendrai vous dire ici ce qu’il en est prochainement…
Je viens de lire que en breton ‘Anken’ signifie chagrin, ‘Ankoun’ oubli. Est-ce que cela signifie que ces termes sont issus du nom de l’Ankou, ou bien qu’il existe une autre racine commune, auquel cas toute ma belle théorie de la courbure s’envole ? J’aimerais bien qu’un linguiste bretonnant puisse me répondre…
Lu sur http://breizhvibes.free.fr/mythologie/mortbreton5.htm : “Tant d’histoires se contaient autrefois sur l’ouvrier de la mort. Il est le produit des anciennes croyances païennes adaptées au christiannisme. Autrefois appelé Dispater par les gaulois, le dieu des morts, il correspondrait peut être à l’Orcan celte, troisième visage de la grande triade.”
Je ne connaissais pas cet Orcan, et je voudrais bien savoir si la filiation entre Dispater et l’Ankou peut vraiment être jugée pertinente ?

