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Archive for the ‘Passeuse’ Category

Dans la pente abrupte elle s’élance, suivant l’impulsion et la voix qui remonte du souvenir de ses rêves.
Elle s’approche au plus près de la sente qui mène au bosquet d’où les voix s’élèvent.
Elle se glisse entre les roseaux, sent bouillir en elle la sève.
Les chants sont comme des ondes de plaisir et de rage qui se mêlent.
L’interdit entre elle et eux se lève.

Souplement d’un geste précis elle le brise, et dans le cercle sacré vient prendre place.
Elle ajoute alors sa voix à la bise et à la glace,
joignant ses forces inédites aux vibrations en place.

L’harmonie l’aspire et l’emporte au fond,
son corps résiste et son esprit se morfond.
Les tremblements menacent ses muscles et sa raison.
Pourtant à la graine d’ombre elle se raccroche et tient bon.
Elle plante ses jambes dans l’humus fécond,
elle lève ses bras à hauteur d’horizon,
elle déploie sa chevelure telle des serpents-poisons,
elle fait de son corps une incarnation de la passion,
et exhale le parfum suave de la chanson…

Peu à peu le chant bascule,
le groupe la rejoint, l’entoure et se recule,
pour faire autour de ce pistil d’or et d’ombre une cupule.
Alors elle laisse libre cours à sa mélodie sans scrupules.
Bras incurvés, têtes inclinées, un genou en terre devant l’étincelante incarnation de ce crépuscule,
les pétales humains forment la corolle des humbles émules.

Fleur sauvage, chant d’hommage.
Fleur sombre, chant de pénombre.
Fleur de brume, chant d’écume.
Fleur de sang, chant de combattants.
Fleur de miel, chant du ciel.

Cinq fleurs autour d’Elle, qui laissent exhaler la douceur et la force.
Cinq rayonnements depuis les pointes du sceau, qui de la peur brisent l’écorce.
Cinq pulsations depuis les portes, qui murmurent dans le cours du silence.
Cinq voiles de songes tissés, qui sur sa peau dessinent les voies de la transe.
Cinq fluides depuis les coupes brisées, qui en elle détruisent les ultimes résistances…

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Elle gît au fond du ravin, humiliée par sa chute, mais toujours vivante et plus déterminée que jamais. Elle a détourné son attention quelques secondes de son évolution précautionneuse sur le fil ténu, et voilà que cette courte traversée se transforme en épreuve…

Elle respire doucement, profondément. Oui, une épreuve. Finalement, voilà qui est bienvenu.

Elle observe attentivement la pente en face d’elle. Elle n’est pas vraiment verticale, il y a des prises assez rapprochées, même s’il faudra se déporter sur le côté à certains moments. Même avec ses jambes courtes elle devrait pouvoir y arriver.

Ensuite elle considère son corps. Une forte contusion sur sa hanche et son épaule droites, qui ont reçu le poids de son corps au terme de sa chute, quelques éraflures. Rien de cassé a priori. Un corps un peu sonné, mais encore opérationnel. Elle prend le temps de ralentir son rythme cardiaque, de bien nettoyer ses yeux de la poussière, prélevant un peu de l’eau demandée à la source – la fiole est restée intacte. Car une fois lancée, elle ne pourra se permettre de s’arrêter.

Le soleil est voilé, lui permettant de regarder vers le haut son objectif sans être éblouie. Elle remercie intérieurement certains dieux primordiaux pour cela. Puis elle entame son escalade avec concentration, posant un pied après l’autre, saisissant les meilleures prises en les testant au préalable. Elle repense aux enseignements de son oncle, à certains conseils puisés dans le récit des chasseurs, pour choisir l’itinéraire le plus sûr, prenant le temps qu’il faut, économisant ses forces.

Bientôt elle arrive en haut, propulse son buste sur l’herbe courte du bord du ravin, ramène ses jambes sous elle et roule doucement hors de portée du vide. Elle est vivante, revenue vers le chemin du quotidien des hommes, et même la fiole qu’elle était partie remplir à la source est intacte.

Elle a appris sur elle-même, elle se sent bien, un animal satisfait et autonome. La journée s’annonce bien, finalement. Elle aura même une bonne excuse pour se faire masser une fois revenue au village. Et une petite histoire pour les enfants qui viendront rôder dans ses jambes quand elle passera la porte dans l’enceinte…

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