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La journée était très belle, presque chaude pour un jour d’Imbolc. J’avais mis ma robe en laine, et sur une impulsion, des tennis et des grosses chaussettes. Bien m’en a pris… Nous étions à la recherche d’une grotte recensée dans un ouvrage,  la grotte de Las Popetas, un endroit autrefois visité par les nourrices et les femmes allaitantes parce que l’eau, probablement très calcaire, formait des concrétions ressemblant fort à des tétons. Les indications de l’ouvrage complétées par une visite dans un commerce local (« Mais vous êtes sûrs de vouloir y aller ? Parce que c’est plus débroussaillé régulièrement et sans faucille vous allez avoir du mal… »), on se mit en quête.

Oui, on était sûrs, après tout on avait fait pas mal de route (près de 2h pour ma part) pour venir visiter cet endroit. On trouva assez vite le cours d’eau, qui longe la route, mais franchement en contrebas, puis après quelques tentatives d’approche, on cru apercevoir (et plus sûrement entendre) la chute d’eau qui est réputée se trouver juste à côté de la grotte. Le tout presqu’entièrement masqué par des arbustes, de la broussaille, voire de véritables ronciers par endroit… A priori impossible de descendre, d’abord à cause de la pente (en fait presque verticale), ensuite de la végétation. La petite troupe était prête à battre en retraite, mais je ne l’entendais pas de cette oreille.

J’avais repéré un peu plus en amont un endroit où l’on pouvait traverser le cours d’eau et entrevu le départ d’un semblant de sentier. Je m’y rends, suis le sentier et le quitte au bout d’un moment, puisqu’il prenait une direction qui m’éloignait de mon objectif. Au jugé, je m’enfonce entre les arbres, bataille un peu avec les ronces, essayant de me rapprocher au mieux de l’endroit où l’on entend la chute d’eau.

Puis, soudain, j’arrive au bord d’un talus qui descend assez abruptement, le pendant de celui qui nous avait arrêtés au bord de la route, et dans la masse de la végétation, se dessine comme un « tunnel ». Pour descendre, pas d’autre moyen que de passer par là. Je fais fi de ma robe en laine et m’accroupis pour descendre les pieds en avant, me raccrochant de mon mieux aux branches pour ne pas glisser jusqu’en bas sur la boue. Des pieux placés à intervalles réguliers m’aident et m’indiquent que j’ai bien trouvé probablement l’ancien accès à la grotte. Sans doute y avait-il des cordes accrochées aux piquets qui permettaient de descendre sans trop de mal. Mais cela fait bien longtemps que personne n’est passé par là… Enfin je sors de mon tunnel pour émerger sur la pente au-dessus de la rivière, je vois la chute d’eau et devine la grotte derrière un épaulement sur ma droite. Je hèle mes compagnons et leur donne les indications pour venir me rejoindre. J’attends pour descendre, car je ne suis pas sûre de pouvoir remonter seule la dernière pente boueuse sans rien pour s’agripper…

Après un moment que j’ai mis à profit pour savourer la quiétude du lieu en solitude, ils m’ont rejointe et j’entame la descente vers la grotte, en compagnie. Nous découvrons alors une première niche, et puis l’entrée proprement dite. L’approche n’est pas aisée, les pierres moussues et humides sont très glissantes, mais l’endroit vaut l’effort. En effet, des dizaines de petites stalactites ressemblant à des tétons couvrent le plafond, des gouttes d’eau tombent sur nous de toutes parts, le sol est en partie recouvert par une mare. La grotte n’est pas très grande, et forme vers le fond un petit coude qui isole comme un autel, un renfoncement intime. Nous recueillons de l’eau dans une bouteille en verre, goutte à goutte tombée du plafond.

Au bout d’un moment notre mac-fuirmid remonte vers le bois relayer Armana restée avec les enfants, pour qui la descente est trop ardue. Elle me rejoint dans la grotte. Nous demeurons un  moment seules, entre femmes dans ce lieu ô combien féminin, adressant nos prières, procédant à des actes rituels, nous imprégnant de l’essence de ce lieu, de l’eau qui ruisselle sur nos épaules, sur nos têtes, qui baigne nos pieds. Lustration d’Imbolc, par l’eau nourricière, l’eau réputée aider celles qui donnent leur lait pour nourrir leurs petits. Le temps semble se suspendre, l’air est intense, comme chargé de sens.

Nous sommes bien là dans le ventre de la terre, baignées de l’eau de la Déesse, communiant avec la fraîcheur, l’ineffable… Les mots me manquent pour exprimer ce que fut ce moment passé dans la grotte, et pourtant je n’ai pas l’habitude de manquer de mots…

J’espère pouvoir y retourner et apporter une offrande à la hauteur de ce que ce lieu nous a donné, en remerciement et pour honorer la Déesse qui s’est tenue là, au creux de la roche, au fond de la grotte, comme un portrait inscrit dans la pénombre, puissante et bienveillante…

La remontée ensuite nous laissa déjà fatigués alors même que nous n’avions pas encore ritualisé pour Imbolc. Il était temps de manger, de reprendre des forces après cette quête, et nous nous installâmes en bordure de champs pour pique-niquer, non loin de là, entendant encore le chant de la rivière.

Après une collation qui nous redonna des forces, après la confection des croix de Brigitte, le temps fut venu du rituel.

Hommage à Brigantia ; lustration grâce à l’eau recueillie dans la grotte ; offrandes à la mère présentant son fils lumineux : bougies, poème, lait et miel ; purification par les eaux d’Imbolc des croix de Brigitte et des outils de rituel, notamment bougies, amenés par les participants ; appel au renouveau du printemps, à l’éclosion des forces de vie ; danse des directions ; hommages à l’esprit du lieu, aux gardiens, appel à la paix ; purifications ; prière des druides, awen… le rituel déroula son chant sans accrocs, dans la paix de ce lieu des eaux.

Nous eûmes comme d’habitude du mal à nous quitter, à quitter la bulle d’échange fraternel créée, retissée entre les membres de la clairière. Mais la roue de l’année tourne imperturbablement, et nous nous retrouverons bientôt…

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Se rendre vers le Nord du Cercle, ou vers le Solstice d’hiver de la Roue de l’année, c’est marcher pieds nus sur les sentiers invisibles, suivre les lignes d’énergies et ce faisant se dépouiller de tout le superflu pour aller vers le centre, l’axe primordial.

C’est fermer les yeux et se laisser guider par ses sensations, poser les pieds sur la terre froide, les mains sur la pierre, mouler son corps dans le sable, malaxer l’argile.

C’est se rendre, silencieux, attentif, jusque dans la grotte où dort l’ourse, dans le creux de la terre, dans le cœur de la nuit, déposer son offrande de cristal et de sel, d’argile modelée et de pierre sculptée, et laisser son corps se fondre dans la densité froide, descendre dans les profondeurs et enfin s’arrêter, immobile.

Plus un geste, plus un bruit, plus une lumière. Au plus profond, nu, là où seule subsiste l’étincelle de vie, la fée ténue aux ailes translucides, la graine de lumière si fragile et pourtant si puissante, si riche, si dense, celle d’où tout renaîtra, d’où se déploiera à nouveau la profusion de la vie.

Mais pour l’instant tout est concentré en un point caché au sein de la Terre-Mère, protégé, nourrit, bercé. Nichés entre les pattes de l’Ourse, savourons cet instant de repos, de dormance, concentrons-nous sur la lumière intérieure et ne nous laissons pas distraire par les feux illusoires de la société qui se trahit par son nom : de consommation, donc de destruction.

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