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Voici un texte écrit à l’occasion de Lughnasad, début d’un travail sur Tailtiu, qui se prolongera je pense…

Il n’a pas été « dit » tel quel pendant le rituel, bien sûr, mais son écriture et les recherches qui l’ont précédée ont servies de base à l’hommage à Tailtiu qui fut ma contribution au cœur de la cérémonie.

« Bien que cette fête soit appelée Lughnasad, assemblée de Lug, aujourd’hui nous sommes réunis en l’honneur de Tailtiu.

Elle est fille et femme de roi : fille du roi Magmor, et femme du dernier roi des Fir Bolg, Eochaid Mac Erc. Ayant survécu à la « Première Bataille de Mag Tured » qui voit la défaite des Fir Bolg par les Tuatha De Danann, elle devient la femme d’Eochu le Rude, prince des Tuatha De Danann et la mère adoptive de Lug. Elle est sa nourrice, celle qui lui a donné le sein, qui l’a nourri de son lait blanc et élevé.

Elle défriche la forêt de Breg, qui fait place à un champ de trèfle, la plaine de Bregmar, pâturage pour les troupeaux de son peuple d’adoption et plaine cultivable pour faire pousser les céréales. Cet exploit la fait mourir d’épuisement.

Mais avant de mourir, elle fait une prophétie, une promesse : « Aussi longtemps qu’un prince me reconnaîtra, l’Irlande ne sera pas sans perfection de chant. » Autrement dit : « Aussi longtemps qu’on honorera ma mémoire, j’accorderai fertilité à la terre et aux hommes. »

Et c’est ainsi en son honneur que Lug institue les jeux de l’assemblée de Tailtiu, et c’est cette commémoration instituée par Lug qu’on appelle Lugnasad.

Ainsi Tailtiu, dont le nom indique à l’origine une déesse chtonienne, meurt en divinité agraire qui assure par son sacrifice la pérennité et le bien être matériel de son peuple. Les jeux funèbres que Lug institue en son honneur suivent le principe de la commémoration perpétuelle pour que la Déesse puisse tenir sa promesse de richesse matérielle, ils en sont la garantie et la contrepartie.

La non-célébration de la fête était une cause de calamité et c’était au prince régnant de veiller à ce que rien de tel ne se produise. Le prince agissait donc au titre de successeur de Lug comme moteur de la fête, en honorant en Tailtiu la Terre-Mère qui assure la subsistance de la Souveraineté et en manifestant la fonction royale essentielle : le don. C’est une fête d’amitié et de prospérité, d’où impuretés et combats sont bannis.

En résumé les relations de Lug et de Tailtiu s’inscrivent dans le cadre d’une fête divine et perpétuelle, royale et d’obligation, protégeant des calamités, et assurant la paix et l’abondance.

Tailtiu est l’incarnation de la souveraineté et de la fertilité de l’Irlande, et par là plus globalement de la Terre-Mère. Elle est nourricière, de Lug, puis de son peuple, généreuse, donnant tout son être pour son peuple d’adoption, civilisatrice, transformant la forêt, lieu sauvage hostile aux hommes, en plaine accueillante, lieu d’abondance.

Comment honorer aujourd’hui la mémoire de Tailtiu ? Il n’est plus de Prince pour assurer la célébration, pour commémorer en successeur de Lug la mémoire de la mère nourricière. Mais nous sommes là. Nous nous souvenons. Mieux, nous ressentons à nouveau cette force primordiale que manifesta Tailtiu, cette force du don de soi, don du lait de la nourrice, don de la force vitale au travail, don du blé fauché qui devenu farine puis pain nourrira les hommes. Cette force que Tailtiu incarne, nous l’honorons aujourd’hui, non pas par la fête royale que connut l’Irlande, mais par la fête d’amitié de notre clairière, par la célébration de ce rituel, modeste mais sincère. Forme différente, mais intention identique.

Nous te remercions pour ce don de toi, Tailtiu, pour ce chemin de la générosité et du désintéressement qui se transforme en richesse, abondance et prospérité devant lequel tu place nos pas, et que nous essayons de suivre de notre mieux. Car tu n’es pas morte ce jour-là dans la plaine fraîchement défrichée. Tes forces ne se sont pas taries, elles se sont juste transportées ailleurs. Ton corps travaillé par l’effort s’est transformé en nourriture, en espace, en joie, et depuis ce jour, mille fois tu renais, t’épanouissant dans l’herbe verte et le cœur des hommes. Ta vie est dans la mort comme don, comme lieu et moment nécessaire pour la régénération du cycle de la nature. La mort est dans la vie, et la vie dans la mort, et au cœur de ce mystère se trouve le courage d’aller au bout de ses forces, de ses limites, de son courage, au bout de soi sans craindre de disparaître, puisque nous ne ferons que renaître en ce que nous aurons nourri, élevé, dans tous les sens du terme.

Ainsi en honorant Tailtiu, en lui dédicaçant offrandes et pensées, les princes faisaient renaître chaque année les forces vitales de l’Irlande, socle de leur souveraineté, et à notre tour nous faisons renaître les forces vitales de la roue de l’année, de notre terroir et de nos vies.

Certes nous ne sommes plus en Irlande, et le temps des grandes assemblées et des foires est bien loin, mais nous te prions, Tailtiu, toi qui donna ta vie pour un peuple que tu adoptas alors qu’il avait combattu les tiens, de bien vouloir nous adopter à notre tour, nous qui souhaitons renouveler aujourd’hui la foi ancestrale sur nos terres, et nous guider sur le chemin du don de soi à l’autre, au monde, pour que nos forces nourrissent et éclairent les nôtres et le monde, à l’humble mesure de notre vitalité. Reçois ces offrandes en remerciement. »

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Infusion de la vie

Étonnement chaque jour renouvelé de sentir en soi se mouvoir un petit être, un autre qui est un peu soi et beaucoup de mystère à la fois. Envie de lui parler, de lui chanter déjà la beauté de la vie, mais en même temps un soupçon de timidité face à cette force massive qui le fait croître au quotidien.

Sentiment d’être le siège d’un enchantement qui me dépasse, d’une magie souveraine, impérieuse. Ce n’est pas moi qui crée cet enfant, cet enfant se crée en moi. Il s’est niché en mon sein il y a déjà quatre mois, et depuis il puise sa matière en moi et sa vitalité dans l’univers pour former un corps qui lui permette de découvrir le monde, l’arpenter, s’émerveiller.

Et moi je ne cesse de m’étonner de cet honneur qui m’est fait d’abriter ainsi une vie en devenir, de contenir une si grande force, de la nourrir pour qu’elle prenne forme, et de la rencontrer, bientôt. De la chérir, déjà.

Elle me baigne d’un amour si grand, si plein, que parfois je souhaiterais que cet état dure indéfiniment, mais ce serait bien égoïste de vouloir retenir en moi, pour moi, cet élan vital. Car cet enfant me porte autant que je le porte, il me guidera autant que je le guiderai, il m’apprendra les merveilles de la vie autant que je lui montrerai celles que je perçois.

À travers lui, c’est pour l’instant le monde qui m’infuse de sa beauté, de cette grisante eau qui m’enserre comme elle le berce. Cocon invisible autour de la mère, écho du cocon utérin, double bercement, protection divine, amour sacré, vivant, croissant.

Merci, ô divinités, infiniment, de m’avoir accordé à nouveau de vivre cette aventure incomparable, de me baigner à nouveau de la grâce d’accueillir en mon corps un être à rencontrer, à découvrir.

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Fugace…

Par trop fugace fut son passage,

Son départ trop précoce nous laisse seuls et désemparés.

Pourtant la vie continue,

Miracle permanent du cycle, de la vie qui se renouvelle,

Attente et germination de la graine nouvelle,

En mon cœur se mêlent tristesse et espoir,

Été et hiver, sourire et larmes,

Douloureuse initiation du deuil et épanouissement de la grossesse,

Deux facettes de l’existence si intimement entrelacées,

Vie et mort en une danse qu’il faudra du temps pour apaiser…

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graines-germees-en-pot

Terres et graines de trois pagus mêlées dans trois pots lors de l’équinoxe,

Lien de la vie qui demeure par-delà la distance,

Tous les jours les feuilles vertes observées renouvellent le lien tissé.

Egregor nourri de lumière, de chaleur et de pluie,

Émerveille chaque jour les grands comme les petits,

Et m’emplit d’humilité face à la puissance de la vie.

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Souvenir du rituel de ce week-end d’équinoxe ensoleillé :

Gloire au Soleil,
En gloire dans le Ciel !

Gloire à toi qui sait donner la juste énergie,
Pour que partout de terre puisse germer la vie !

Lumière et chaleur,
Comme deux sœurs,
Tes dons généreusement offerts,
Chaleur et lumière.

Rayonne sur nous avec ardeur,
Rayonne jusqu’au fond de nos cœurs,
Chasse l’obscurité, le doute et la peur !

Gloire au Soleil,
En gloire dans le Ciel !

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